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Eldiablo Minouchka

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Snake0644

JACKIE

 
La chambre était d'un blanc poudreux accrochant la lumière d'été d'une manière sournoise. Il était couché dans son dos, elle l'aimait ainsi avec son ancien visage, celui du souvenir.
  • Avons-nous déjà vraiment parlé? Lui demanda t'elle le regard absorber dans la couette immaculée qui chatouillait divinement sa joue.

  • ...

  • Oui... Avant le nous, cette liaison de nos je qui a tué vraiment tous. Dommage car j'ai toujours eu pleins de choses à te dire mais je parle trop, je sais et c'est ma manière de ne rien dire vraiment.

    Eldiablo
     

ELDIABLO VA AU THÉÂTRE AVEC LALUNE

Antilopes
Texte Henning Mankell

Traduction Gabrielle Rozsaffy
avec la collaboration de Bernard Chartreux
Mise en scène Carmen Jolin
Avec Gabriel Arcand Danielle Lépine Paul Doucet
Concepteurs Jean-François Labbé Marie-Michelle Mailloux
Montage bande son Euterke

J'AI HÂTE!!!

LE CASAQUIN

 

DIVAN ROUGE.jpg

 

Minouchka était étendue oisivement sur le divan carmin, creusé par une multitude de fessiers de passage. Sa joue incarnat, écraser sur le renflement de l’unique accoudoir, elle jouait suavement avec les rubans amarante de son casaquin, en pensant à la somptueuse catapulte de son amant en titre, Lord Rodrigue De Belleval, né troisième du nom. Il est vrai que l’engin de guerre avait conclu quelques vaillantes batailles mais dernièrement sa précision avaient connues de nombreuses défaillances laissant la célèbre courtisane songeuse.

 

Il était peut-être le temps de prendre un autre amant ?

 

Elle revit la dernière entrée de Lord Rodrigue, sa démarche légère de condamné, son regard qui ne fuyait plus vers son décolleté mais vers la table basse où des dragées trônaient en salopes invitantes. La main, autrefois baladeuse, se précipita vers les friandises sans caché sa traîtrise. Doublée par des dragées, c’était honteusement désolant. Envolée la fougue, les déterrements de chairs, les souffles chevauchés, les HUM, les OH et les AAAH. L’expérience lui avait appris que lorsque les manifestions du désir s’estompaient plus rapidement que son maquillage, quitter sans un regard en arrière, était la seule voie souhaitable. Sans regret, que la liesse comme souvenir, un tableau de chasse délectable pour égayer les vieux jours.

 

Car Minouchka préférait être maîtresse que femme que l’on ne voit plus. Femme qui devient mur, placard, tiroir, tapisserie usée. Femme que l’on oublie d’embrasser en rentrant chez soi, le soir. Femme acquise, femme fantôme… La quotidienneté use les hommes comme de vieilles chaussettes, les reléguant au rang d’objet usuel que l’on prend sans même penser. Elle préférait partir avant que l’intérêt soit absent. Avant que le désir soit avalé par mère routine, la gourmande. Cette tyrante possédait la force des je t’aime répétés, des caresses similaires, du temps qui ne file plus. Elle la détestait, l’exécrait et lui crachait au visage.

 

Aaaaaaaaah ! Penser ainsi lui remontait diablement le moral. Elle n’était qu’une décapiteuse de banane après tout. Rien de plus, rien de moins. Dans ce 16e siècle, dans cette société puritaine et ennuyeuse, c’était déjà beaucoup. La vocation, elle l’avait dans le sang aussi royalement que ses seins, ses fesses et ses cuisses qu’elle trimbalait fièrement, et en tous moments. C’est ce qui avait fait sa réputation d’ailleurs, son port. Cette cochonceté qu’elle portait avec grâce et démesure dans les salons les plus courus. Sa volupté en écharpe soyeuse, sa sexualité en manteau enveloppant, sa perversion en voile translucide. Disperser ses charmes intelligemment était un art qui n’était pas donné à toutes. Oh ! Que non ! Il fallait un détachement le plus complet pour les actes commis car un geste qui est fait selon le bon vouloir de deux parties, annihilait le mal et la morale et ils n’avaient ainsi plus aucune prise.

 

Le détachement, voilà le succès d’une bonne courtisane !

 

Son détachement éteignait les mots dans la bouche ouverte des hommes, allumait par ricochet la haine chez leurs épouses parfaites, puis parfaitement trompées. Ce détachement ravivait les passions, les tremblements intérieurs, et créait systématiquement un vague d’émotions contraires au fondement même de la soi disant bonne société, cette garce frigide. Le plus loin elle était, le plus près ils se tenaient pour la saisir ou l’étrangler. Et de tout cela, elle en retirait la plus belle manifestation de vie brute que son siècle pouvait éjaculer. La beauté pourpre d’une émotion jaillissante…

 

Minouchka regarda la lumière qui entrait de la grande fenêtre, celle d’une journée d’orage humide. Elle abandonna les rubans duveteux de son casaquin, en se levant vaillamment. Elle avait une touchante lettre de rupture à écrire, quelque chose de bref et de principalement définitif. Elle l’écrirait à l’encre écarlate en soucis de théâtralité. La fin d’une liaison méritait bien cela. Cet élan travaillé, amené à son point culminant qui annonçait l’arrivée des rideaux, tombants sur le jeu des acteurs.

 

Cher Lord Rodrigue De Belleval né troisième du nom,

 

C’est dans une douleur extrême, principalement celui de mon ovaire droit, de devoir vous annoncer la fin de notre liaison brève mais stimulante. Votre ardeur devant mes dragées a sonnée le glas de notre relation. Comme il m’est maintenant impossible de les savourer amoureusement, je vous les fais parvenir avec vos chausses sales qui traînaient dans ma penderie depuis forts longtemps.

 

Soyez assuré de mon bon souvenir et que Dieu vous garde !

 

Eldiablo Minouchka reine de la fellation et autres mœurs.

MARGUERITE DURAS


Elle avait aimé démesurément la vie et c'était son espérance infatigable, incurable, qui en avait fait ce qu'elle était devenue, une désespérée de l'espoir même. Cet espoir l'avait usée, détruite, nudifiée à ce point, que son sommeil qui l'en reposait, même la mort, semblait-il, ne pouvait plus le dépasser.

(Un barrage contre le Pacifique, p.124, Livre de Poche n° 2443)

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