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JACKIE

 
La chambre était d'un blanc poudreux accrochant la lumière d'été d'une manière sournoise. Il était couché dans son dos, elle l'aimait ainsi avec son ancien visage, celui du souvenir.
  • Avons-nous déjà vraiment parlé? Lui demanda t'elle le regard absorber dans la couette immaculée qui chatouillait divinement sa joue.

  • ...

  • Oui... Avant le nous, cette liaison de nos je qui a tué vraiment tous. Dommage car j'ai toujours eu pleins de choses à te dire mais je parle trop, je sais et c'est ma manière de ne rien dire vraiment.

    Eldiablo
     

ELDIABLO VA AU THÉÂTRE AVEC LALUNE

Antilopes
Texte Henning Mankell

Traduction Gabrielle Rozsaffy
avec la collaboration de Bernard Chartreux
Mise en scène Carmen Jolin
Avec Gabriel Arcand Danielle Lépine Paul Doucet
Concepteurs Jean-François Labbé Marie-Michelle Mailloux
Montage bande son Euterke

J'AI HÂTE!!!

LE CASAQUIN

 

DIVAN ROUGE.jpg

 

Minouchka était étendue oisivement sur le divan carmin, creusé par une multitude de fessiers de passage. Sa joue incarnat, écraser sur le renflement de l’unique accoudoir, elle jouait suavement avec les rubans amarante de son casaquin, en pensant à la somptueuse catapulte de son amant en titre, Lord Rodrigue De Belleval, né troisième du nom. Il est vrai que l’engin de guerre avait conclu quelques vaillantes batailles mais dernièrement sa précision avaient connues de nombreuses défaillances laissant la célèbre courtisane songeuse.

 

Il était peut-être le temps de prendre un autre amant ?

 

Elle revit la dernière entrée de Lord Rodrigue, sa démarche légère de condamné, son regard qui ne fuyait plus vers son décolleté mais vers la table basse où des dragées trônaient en salopes invitantes. La main, autrefois baladeuse, se précipita vers les friandises sans caché sa traîtrise. Doublée par des dragées, c’était honteusement désolant. Envolée la fougue, les déterrements de chairs, les souffles chevauchés, les HUM, les OH et les AAAH. L’expérience lui avait appris que lorsque les manifestions du désir s’estompaient plus rapidement que son maquillage, quitter sans un regard en arrière, était la seule voie souhaitable. Sans regret, que la liesse comme souvenir, un tableau de chasse délectable pour égayer les vieux jours.

 

Car Minouchka préférait être maîtresse que femme que l’on ne voit plus. Femme qui devient mur, placard, tiroir, tapisserie usée. Femme que l’on oublie d’embrasser en rentrant chez soi, le soir. Femme acquise, femme fantôme… La quotidienneté use les hommes comme de vieilles chaussettes, les reléguant au rang d’objet usuel que l’on prend sans même penser. Elle préférait partir avant que l’intérêt soit absent. Avant que le désir soit avalé par mère routine, la gourmande. Cette tyrante possédait la force des je t’aime répétés, des caresses similaires, du temps qui ne file plus. Elle la détestait, l’exécrait et lui crachait au visage.

 

Aaaaaaaaah ! Penser ainsi lui remontait diablement le moral. Elle n’était qu’une décapiteuse de banane après tout. Rien de plus, rien de moins. Dans ce 16e siècle, dans cette société puritaine et ennuyeuse, c’était déjà beaucoup. La vocation, elle l’avait dans le sang aussi royalement que ses seins, ses fesses et ses cuisses qu’elle trimbalait fièrement, et en tous moments. C’est ce qui avait fait sa réputation d’ailleurs, son port. Cette cochonceté qu’elle portait avec grâce et démesure dans les salons les plus courus. Sa volupté en écharpe soyeuse, sa sexualité en manteau enveloppant, sa perversion en voile translucide. Disperser ses charmes intelligemment était un art qui n’était pas donné à toutes. Oh ! Que non ! Il fallait un détachement le plus complet pour les actes commis car un geste qui est fait selon le bon vouloir de deux parties, annihilait le mal et la morale et ils n’avaient ainsi plus aucune prise.

 

Le détachement, voilà le succès d’une bonne courtisane !

 

Son détachement éteignait les mots dans la bouche ouverte des hommes, allumait par ricochet la haine chez leurs épouses parfaites, puis parfaitement trompées. Ce détachement ravivait les passions, les tremblements intérieurs, et créait systématiquement un vague d’émotions contraires au fondement même de la soi disant bonne société, cette garce frigide. Le plus loin elle était, le plus près ils se tenaient pour la saisir ou l’étrangler. Et de tout cela, elle en retirait la plus belle manifestation de vie brute que son siècle pouvait éjaculer. La beauté pourpre d’une émotion jaillissante…

 

Minouchka regarda la lumière qui entrait de la grande fenêtre, celle d’une journée d’orage humide. Elle abandonna les rubans duveteux de son casaquin, en se levant vaillamment. Elle avait une touchante lettre de rupture à écrire, quelque chose de bref et de principalement définitif. Elle l’écrirait à l’encre écarlate en soucis de théâtralité. La fin d’une liaison méritait bien cela. Cet élan travaillé, amené à son point culminant qui annonçait l’arrivée des rideaux, tombants sur le jeu des acteurs.

 

Cher Lord Rodrigue De Belleval né troisième du nom,

 

C’est dans une douleur extrême, principalement celui de mon ovaire droit, de devoir vous annoncer la fin de notre liaison brève mais stimulante. Votre ardeur devant mes dragées a sonnée le glas de notre relation. Comme il m’est maintenant impossible de les savourer amoureusement, je vous les fais parvenir avec vos chausses sales qui traînaient dans ma penderie depuis forts longtemps.

 

Soyez assuré de mon bon souvenir et que Dieu vous garde !

 

Eldiablo Minouchka reine de la fellation et autres mœurs.

MARGUERITE DURAS


Elle avait aimé démesurément la vie et c'était son espérance infatigable, incurable, qui en avait fait ce qu'elle était devenue, une désespérée de l'espoir même. Cet espoir l'avait usée, détruite, nudifiée à ce point, que son sommeil qui l'en reposait, même la mort, semblait-il, ne pouvait plus le dépasser.

(Un barrage contre le Pacifique, p.124, Livre de Poche n° 2443)

ABSOLU

 

- Les pensées les plus folles naissent d'un désespoir absolu. Souffla t'elle.
-
Dis-moi une pensée folle. Lui demanda t’il.
- Que j'aimerais à nouveau comme à vingt ans....
- Alors tu dois être absolument désespérée pour le penser!
- Tu vois, Je te l'avais dit!
- Les personnes que nous sommes, ne seront plus demain.

- Où sont nos points de repère alors?
- Dans ce que nous sommes aujourd'hui.

 

ELDIABLO

RAISIN DE CORINTHE

 

J’avais enlevé mes chaussures libérant mes orteils laqués, les caressant contre le tapis rêche de la voiture. Sous ce plaisir simple je souris, m'enfonçant contre le siège en cuir raisin de Corinthe, soupirant d’aise et fermant les yeux afin de capter le regard voleur de celui qui m'accompagnait. J’entendis la peau de son siège s’affoler, le crépitement de ses doigts sur le volant et je souris suavement en lui jetant un regard de côté me délectant de son profil perdu dans ma ligne de mire.

 

Il y avait des bonheurs diaboliquement simples !

 

ELDIABLO

UNE BELLE ANNÉE !

 
Bonne année aux blogueurs et blogueuses qui partagent ma vie virtuelle depuis fort longtemps déjà. Que l'année qui s'amène soit bonne et créative. Que l'imaginaire rayonne partout sur la terre en folie douce, que les rêves deviennent réalité et les cauchemards de simples rêves. Soyez humains, en paix et surtout assumez-vous dans tout ce que vous entrepenez! xxx
 
Eldiablo
 
 

6 – LE CHEMIN DE PURETÉ

 

Les songes ont l’étrangeté de nos ambiances d’âmes, portant à la fois nos voiles de beautés et nos écharpes de laideurs.

Cette pensée me traversa la l’esprit lorsque mes pieds nus foulèrent la neige scintillante. Le chemin devant moi maintenant se recouvrait d’un blanc virginal et curieusement mes orteils nullement gelées, savourait sa moelleuse caresse. C’était une neige folle qui courait sur mes jambes, aussi légère que des plumes d’oies. Mon long manteau de cuir souple me tenait au chaud, il n’y avait que mes joues rougies qui détonaient dans cet immaculé décor. La louve par ses empreintes, m’avait tracé un chemin que je suivais religieusement et les hautes tours qui s’érigeaient vers le ciel étoilé soufflaient milles promesses. Je ne sentais plus l’immonde présence de l’innommable, LUI et mes pensées rouges sangs se détachaient lentement de ma cervelle. Je flottais à l’intérieur de moi, dans une paix bienheureuse et me refusais de quitter cet état bénéfique.

Des sapins enneigés parsemaient de plus en plus régulièrement le sentier. Au détour de la route blanchit, j’aperçus de minuscules lampadaires bordant le chemin, leurs lueurs chaleureuses miroitaient joyeusement sur les flocons qui avaient commencé à s’ébrouer dans le vent. Une samba de décembre, une mamba blanche endiablée. Devant moi, dans toutes leurs magnificences, les deux tours me défiaient effrontément, de la lumière bleutée jaillissait des ses immenses tourelles. En m’approchant plus près je vis de longues fenêtres qui décoraient les structures presque jumelles. Des rideaux étaient tirés soigneusement mais la lumière douce filtrant à travers eux, m’indiqua que l’endroit devait être habité. Près de l’immense porte de chêne travaillée, un écriteau indiquait ceci : ATTENTION CHIEN MÉCHANT. Pris d’une soudaine hésitation, je regardai le lourd battant avec circonspection quand soudain la porte s’ouvrit à toute volée. Une agréable chaleur chatouilla mon visage stupéfait. Une femme se tenait sur le seuil légèrement vêtue, brandissant une lourde épée en s’exclamant…

-         Entrée! Mais entrée donc Minouchka! Le maître vous attend…

Frissonnante, je pénétrai dans la demeure inconnue, en priant que ne soit pas un de ces pièges oniriques cauchemardesques. Mes yeux éblouis par la lumière des multiples chandeliers ornant la pièce circulaire, mirent un temps à s’ajuster. En regardant de plus près la femme qui m’avait accueillit, je constatai avec stupeur que je pouvais voir au travers d’elle. Non de Dieu! Mais ce ne pouvait être un…

-         Fantôme! Et oui! Je suis un fantôme! Me dit-elle, ravie. Vous ne me reconnaissez pas encore? Votre manque de culture est désolante ma chère mais l’illustre spectre que je suis s’en remettra forcément. Oh! Quel joli manteau… La loba vous a fait un admirable cadeau. L’hiver vient tout juste de se pointer, il y a peine deux heures. Sans prévenir, comme ça bang! Le spectre volubile cogna lourdement son épée sur le sol. Entrée voyons! Venez vous mettre au chaud. Comme je suis heureuse de vous rencontrer enfin! Nous sommes presque jumelles d’âme, vous saviez? Enfin c’est ce que dit le poète… Vous voulez enlevez votre manteau? Non? Ah! Oui c’est votre seul vêtement et bien laissez-moi allez vous en chercher de plus confortables. Je reviens dans quelques instants…

Le fantôme enjoué quitta la pièce en grande pompe. L’esprit quelque peu étourdit par son monologue emporté, je m’avançai près de l’âtre qui crépitait vivement. La pièce était somptueuse, des tons de bruns chauds la recouvraient admirablement. Les rideaux que j’avais entrevus vaguement au dehors étaient en fait de lourdes tentures de brocart qui chatoyaient voluptueusement à la lueur du feu. Des lampions sable couvraient les tables basses près de l’immense divan cacao. Des coussins orangés, pourpres et violacés jonchaient le sol recouvert de peaux couleurs café fort. C’était un lieu indéniablement masculin, où des effluves de cognac imbibaient encore l’air suavement. Une bibliothèque ornait en bonne partie le mur courbé, je m’en approchai, curieuse. De vieux livres à la reliure dorée et ocre, emplissaient totalement l’espace. En passant mon doigt sur les titres jaunies, je pu y lire les ouvrages énigmatiques suivant… Chouette ! Bientôt la révolution !!!, Objectif Tirana 2007, Pouvoir et résistance par Yoshiyuki Sato, Ces mots qui ont une odeur et Poèmes scatologiques de goût…

Le claquement vif de l’épée du fantôme, signalant son retour, m’empêcha de poursuivre mon intrusion plus loin. Je me retournai, rosissant légèrement de ma coupable curiosité quand elle reprit sa diatribe essoufflée.

-         Ah! Voilà ce que je vous ai trouvé… Des vêtements confortables enfin pour vous! J’ai fouillé dans les malles au 16e étage de la tour nord. Quelle fouillis cette pièce de rangement. Un vrai bordel mais bon je suis tombée sur quelque chose qui vous fera plaisir. Du moins qui sera en accord avec votre thème astral et votre signe chinois. J’ai étudié l’astrologie depuis ma mort, vous savez… C’est un beau passe-temps quand le maître fait la sieste et en plus ce n’est pas du tout bruyant. J’ai fais votre thème natal! Oh! Là! Là! Vous n’avez pas beaucoup de signe d’eau ma chère, malheur à vous si vous ne buvez pas plus. Vénus dans votre signe est maîtresse, vous le saviez ? D’où votre propension à… Hum! Hi! Hi! Hum! J’ai pesé qu’un bon bain vous ferait le plus grand bien avant de rencontrer le maître. Ah! Si vous voulez me suivre jusqu’au 28e, je vous emmène à la salle d’eau immédiatement…

La femme épée le bras chargé de vêtements, pointa de son autre bras armé la bibliothèque qui s’ouvrit aussitôt sur une cage d’ascenseur de métal. Je la suivis dans ce qui ressemblait beaucoup plus à un monte charge branlant. Une fois à l’intérieur, je pu apercevoir sur les murs qui nous entourait, derrière le grillage, une collection de toiles érotiques impressionnantes. Devant mon air interrogateur, le fantôme s’exclama avec enthousiasme.

-         La collection privé du maître. N’est ce pas magnifique?

Je hochai de la tête en riant. Elle actionna du bout de son glaive le mécanisme qui enclencha la monté de l’élévateur d’un mouvement si lent, ce qui me permis d’observer à loisir les œuvres suggestives. Une orgie de chairs s’étalait grassement devant mes yeux avides. La beauté des toiles était saisissante, un malstrom de couleurs. La secousse de la cage m’arracha à cette contemplation qui me laissait perplexe face à cette fameuse rencontre. Quel genre de poète allais-je découvrir ?

La porte s’ouvrit enfin sur des effluves de lavande et d’une humidité si lourde que j’en perdis presque le pied. Devant moi un immense bain romain trônait en cercle parfait au centre de la pièce. Il faisait au moins 18 pieds de diamètre et des volutes d’eau fumantes s’élevaient en brume douce. Féerique! La salle d’eau était d’une troublante beauté avec ces candélabres qui tamisaient l’endroit de manière suggestive. Je n’avais plus qu’une seule envie. Le désir d’être enfin seule afin de profiter jalousement de l’endroit en tout quiétude. Comme si le fantôme su lire dans mes pensées, elle déposa mes vêtements sur la table près de l’entrée et disparue en traversant le mur dans un gloussement moqueur. Ah! Le paradis enfin… Le manteau de la Loba alla trôner sur le carrelage impeccable et avec un sourire de pure bonheur, je m’avançai dans la source chaude en me disant que ce maître et poète avait l’étoffe d’un épicurien de première. Vénus devait régner dans son ciel assurément. Je cessai mes pensées vagabondes et me plongea avec délice dans l’eau parfumée en chantonnant ces phrases suivantes…

Il y avait de ces bonheurs simples, qui nous rendent si vivant.
Des bonheurs semblables à des songes, des baumes de félicité. 
ELDIABLO




5- CLAIREMENT ENTOURÉE

 

La mélopée de l’animal m’avait finalement attirée loin du sang, loin de ce rouge tapit maintenant dans mon esprit. Les tonalités étranges de son chant avaient su voiler mon âme, lui volant toute peur. La louve m’apaisait comme le ferait l’écume de la mer, la mère roulante d’affection et berçante de tendresse. Il n’y avait plus que ce léger frisson vibrant sur ma peau, en réponse à la fraîcheur d’une nuit interminable. Plus que nos cœurs battant au milieu de la clairière endormie. Que la louve et moi…

L’endroit semblait magique. La brume qui dansait à nos pieds était d’humeur enfantine. Le site semblait être un ancien Cromlech, vibrant encore sous la puissance des rites passés. Des pierres ovoïdes se dressaient fièrement autour de nous, certaines couchées ou presque détruites témoignaient du temps écoulés. Ce lieu était un dôme hermétique embaumant mon âme d’une paix extatique. Nos souffles coordonnés, s’enlaçaient d’un un rythme lent. J’avais envie d’humanité, rafraîchissante comme de l’eau vive afin d'y renaître, purifiée.

Accorder un regard limpide était la marque d’un caractère fière, la louve m’offrit son insondable comme une main tendue. À travers elle, je pu voir l’immensité des plaines, la course des lièvres apeurés, les rivières tourbillonnantes qui lacéraient les terre. Y observer la pluie alourdissant les feuilles, les roches humides couvertes de limon. Y sentir le vert émeraude, la teinte de menthe tapissant les sous-bois. Elle m’offrait ses observations en cadeau, la belle. La bête, elle, les prises chassées fièrement, sa fougue dans la bataille, son agilité devant l’adversité. Un regard dans sa totalité, simplement authentique.

Canta Loba !

Une voix de femme louve me chantonna…

Je suis la Loba, la terre, la mère, guerrière et libre. Je suis la Loba, pensée nourricière, l’amie, l’amante de la terre. Je suis louve, je suis Loba, l’être tout simplement… Canta Loba !

Puis en sourdine, derrière le chant, je perçu enfin les paroles qu’elle me récitait dans un rythme précis. Une voix chaude et hypnotique.

Tu dois retrouver la sorcière…

Je suis la Loba et te somme, un soir de Beltane de naître. Je suis la Loba, retrouve la terre, la mer en guerrière libre, recouvre ta pensée, l’amie et l’amante, découvre l’être tout simplement… Je suis la louve et te somme d’attraper la sorcière, ELLE tout simplement. Prouve au poète ta liberté, afin de libérer le sage. Tissez vos liens intimement afin d’éviter à l’entité d’y pénétrer. Je suis Loba et te retrouverai un soir de Beltane, dans cette orée qui fut jadis un lieu où naissaient celles qui voyaient et là seulement la prophétie sera en partie accomplit.

La voix de femme disparue dans la nuit en doux murmures s’étiolant en vent chaud sur la chair des feuilles endormies. Une tache claire à ma droite attira mon attention. Sur une pierre basse ressemblant à un frustre autel, un manteau de cuir blanc étalé, y traînait négligemment. Il était d’une pureté troublante, brut dans sa confection. Ma main tremblante caressa le cuir souple et tiède. Enfin un vêtement à me mettre sur le dos! Au moment de l’enfiler,  j’aperçus au dos des lettres rouges grafignées à la hâte. Je n'ai d'inhibition que les traces de ma culpabilité… Fascinée par cette écriture que je reconnaissais parfaitement, je passai mes doigts sur le sang séché. Toujours ce message d’ELLE, me suivant comme une douce litanie.

Seule au milieu du cercle de pierre, simplement vêtue de ce manteau, cadeau précieux de la louve, je décidai que le temps de reprendre ma route était enfin arrivé. Armée de peau, de mots et de mon unique volonté, je traversai le lieu de culte en direction des deux tours oblongues que je voyais maintenant poindre au loin comme une promesse funeste.

Les dés étant indéniablement jetés…  ELDIABLO

TREIZE

 
Petite ambiance pour un meurtre entre amies...
 
TREIZE CHANDELLES.JPG

UN MATIN, UN LAC, UN CHALET...

 
La charmante vue
que nous avions de notre chalet maléfique,
loué afin de laisser sortir le SOI en nous.
Le SOI ayant débordé dans la Tequila ,
le MOI au matin fut des plus funeste.
 
DSCF0947.JPG
 
 

ORAGE

 

Ils étaient tous là.

 

L’air chaud se poussait à l’abri, s’infiltrant voluptueusement à l’intérieur de la minuscule fenêtre que je venais d’entrouvrir dans la chambre louée à la hâte. J’avais toujours aimé ces lieux froids, à la décoration impersonnelle sans artifice, sans âme et qui avait pour but de nous faire oublier la multitude de corps imbriqués qui y avaient séjournées. Des espaces de soupirs chargés à bloc de mensonges, de désirs et de multiples regrets. J’aimais cette lourdeur de l’air.

 

Il n’y avait rien comme un motel cheap pour retrouver cet arôme de bordel indéfinissable dans froissement nasal aussi rugueux que les draps rêches qui tapissaient le lit. Je rêvais de m’y ensevelir, savourant l’odeur du gardénia fané. Cette senteur préfabriquée qui gardait jalousement le fumet des amants en fuite. On la reconnaissait à cette saveur de sueur sucrée qui recouvrait la pièce en fines particules. Les effluves d’un cigare cubain flottaient encore en douce alourdissant l’humidité déjà saturée, une fragrance de délit.

 

Il était cinq heures et le soleil faiblissait, traversant les persiennes bercer de poussière. Je jetai mes vêtements  sur le tapis fané. Ça sentait l’enfer à plein nez et je n’allais pas m’en désolée!

 

Le carrelage froid de la salle de bain me fit frissonner agréablement. Propre! La douche était impeccable! Oh! Bonheur! Je cherchai l’eau froide et d’un seul coup ouvris le robinet afin que le jet glacial puisse frapper mon corps d’une secousse sismique. L’impression de respirer enfin dans cette canicule, me ravigota. Les chaleurs extrêmes qui sévissaient depuis plusieurs jours dans ce village perdu au milieu de plaines avaient endormit la populace. Un temps encore plus féroce se préparait et ma tête tambourinait déjà d’une exaltation inavouable. Cette recherche du moment ultime dans la tempête était inexplicable. D’après mon flaire, il ne me restait moins d’une demi-heure avant la débâcle.

 

Ils étaient tous là.

 

Dans cette fourgonnette usée, qu’ils leurs servaient de maison plus souvent qu’autrement. John attendait les deux mains tambourinait sur l’immense volant de la Ford jaunit, le regard au loin fixé à l’intérieur de lui. Henri, lui, écoutait religieusement l’émetteur radio qui crépitait de plus en plus rapidement, ses grands yeux marron fixés sur la boîte à gant comme si un monstre allait en sortir. Peter, l’insouciant, dormait affaler sur la banquette arrière dans un sommeil de plomb, les bras derrières la tête.

 

Ils attendaient tous.

 

Je les visualisais très bien, derrière mes yeux fermés sous les gouttelettes. Depuis trois ans déjà que partagions des passions et des tempêtes déchaînées. Chacun ayant leurs rôles, dans une belle case respective en raison du talent développé. Chacun avait sa place définit.

 

Je fermai le robinet brusquement en appuyant mon front sur les dalles froides. Des millions de gouttes s’échouaient au sol en murmurant une litanie plaintive, le monde était dangereusement calme. Rapidement je sortis de cet espace exigu afin d’aller m’effondrer un moment sur le lit. Faire l’étoile au milieu de ce matelas dur était un pur délice. Le tintement d’un volet mal fermé, m’annonça que le vent enfin faisait des siennes, enflant le chaos à l’intérieur de moi.

 

Ils m’attendaient tous.

 

Comme moi, il espérait le Mammatus. Ce phénomène rare qui annonçait des orages violents, voire des tornades. J’enfilai rapidement du linge propre quand le téléphone de la chambre sonna. C’était Henri, l’impatient, qui m’appelait de son cellulaire.

 

- Alors tu te magnes ? Me demanda t’il énervé.

- Ouep ! C’est quoi le topo ?

- La totale ! Des cumulonimbus énormes avec de gigantesques enclumes et de la musique à l’horizon

Je frissonnai d’une joie pure.

 

- Sérieux ? Je n’avais aucune envie qu’il me niaise sur ce coup-là !

- Oui.

Il raccrocha.

Bon Dieu! Un tuba ! La monstrueuse colonne que l’on voyait apparaître sous l’amas orageux était là ! Il y avait risque de tornade. Le bonheur !

Je mis tous mes effets personnels en hâte dans mon sac de voyage et pris avec des yeux fous ma caméra. Nous avions un moment d’une extrême violence à chasser, le cliché parfait à attraper. D’une main sure, je fermai la porte de cette chambre louable à l’heure, ce lieu pour moi d’attente avant la tempête. L’orgie étant à l’extérieur, au dehors de ses quatre murs en papier mâchés. Il y avait de ces passions innommables, des feux intérieurs qui balayaient tout. ELDIABLO

CATCHING THE BIG FISH

 
Ideas are like fish.
 
If you want to catch little fish, you can stay in the shallow water. 
But if you want to catch the big fish, you've got to go deeper. 
 
David Lynch

PARLER D'AMOUR AU BORD DU GOUFFRE

 
Le réel est en constante évolution, qu'il s'agisse du réel écologique ou du réel biologique. À plus forte raison, le sentiment provoqué par une représentation d'images ou de mots est réellement éprouvé, mais ce réel là, nous pouvons agir sur lui, en filmant, en peignant, en mettant en scène, en réfléchissant et en parlant afin de travailler cette représentation et de la modifier.
C'est là que se trouve la possibilité de résilience.
 
BORIS CYRULNIK

AVEC UN GRAND SOURIRE

 
"Je ne vois pas pourquoi les gens attendent d'une oeuvre d'art qu'elle veuille dire quelque chose alors qu'ils admettent que leur propre vie ne mène à rien" - David Lynch (New York Times)

4- LA MAUDITE : LA FORÊT

 

La nuit dans l’orée ne semblait jamais vouloir se coucher, les rêves sont imprévisibles. J’avais maintenant l’intime conviction que ma quête se poursuivrait dans la pénombre, voir la nuit noire. Il y avait bien quatre heures déjà que je paressais dans la mousse odorante, le ciel n’avait pas bougé d’un iota, figé sur une toile bleue indigo magnifique. Des bleuets juteux plus loin, avaient fait office de souper frugale. Je n’avais d’ailleurs guère faim, occupée à fixer ma prochaine direction. Ma robe enfin sèche, grâce au doux vent qui semblait ne pas vouloir prendre de force, je préparais ce départ imminent. J’avais peu de bagages, que des énigmes, des poids lourds dans ma cervelle. Mon esprit ressassait les indices qui m’avaient été révélées, des clés probables servant à ouvrir mes trésors futurs. N’oublis surtout pas… Le bonheur est dans la boîte avait murmurer le sage. J’étais maintenant impatiente de reprendre la route et de peut-être enfin croiser un être de chair et de sang. Je tournai le dos à cet univers douillet, difficile à quitter et pris la direction qui m’appelait, la plus sombre.

Le pétillement de ma délicieuse cascade s’éteignait lentement sous mes pas, le vent frais balayait ma chevelure encore humide, dispersant des effluves d’eau dans la nature environnante. La température avait légèrement chuté, augmentant ma cadence. Devant moi, la morte forêt me dévisageait, sombre et peu accueillante. Des vols d’oiseaux saluèrent mon arrivée dans les branchages, orchestrant en mon honneur, un requiem ailés. La lune avait maintenant disparue définitivement comme une poltronne. La salope ! Je voyais enfin ce noir plus sombre habiller les arbres, cette teinte unique absente de toute lumière. Les amoureux de la nuit vénéraient cette couleur passionnément. Je le sentais, LUI, devant moi en petites vaguelettes de chaleur, s’échouant sur mes pieds. Il rôdait au sol en fine brume mince. Relevant le menton, je m’enfonçai dans la forêt maudite, fermant mon esprit à sa présence. Je récitais en boucle, la phrase que l’inconnue m’avait laissé. Je n'ai d'inhibition que les traces de ma culpabilité… Je n'ai d'inhibition que les traces de ma culpabilité… Je n'ai d'inhibition que les traces de ma culpabilité… Transformant cette affirmation en mantra, je pouvais ainsi oublier les arbres qui m’agrippaient mollement tels des amants rassasiés. Je me faufilais, suivant le chemin qu’ils me créaient en se courbant d’eux-mêmes dans un craquement d’os brisés,  ressemblant à de vieux hommes lugubres et secs.


Quelqu’un manifestement me traçait le chemin…

 

Plus je m’enfonçais sur cette fausse route, plus une joie sauvage enflait à l’intérieur de moi, n’augurant rien de bon. Je fleurissais sous un sentiment viscéral et primaire, augmentant mon rythme cardiaque voluptueusement. Un quartier lunaire, boudeur diffusa soudain, un curieux jaune qui épousa le contour des choses avec empressement. J’avais ainsi l’impression que l’on m’effeuillait, que l’on m’exposait lentement, le sentiment d’entrer en scène… dans la peau d’une autre, chassé de mon propre corps. Je perdais pieds avec passion, me perdant de vue pour un vacuum de rouges clignotants et aguicheurs. Le rouge et le noir en alternance dans un tango furieux où le temps n’avait aucune prise. J’entendis au loin, les carillons d’une vieille horloge sonné douze coups, chacun me labourant le ventre de secousses délicieuses. Un rire qui semblait le mien, remplir ma tête fougueusement, puis vint la mort, la petite. Un Black Out m’abandonnant dans une liesse pure et innommable. Et puis plus rien, rien que l’absence…

 

Une langue rêche sur mon bras me ramena à l’intérieur de moi. Deux yeux brillants me fi